Vous trouverez sans doute des idées de lectures estivales parmi les coups de coeur des membres du comité !

11 romans (ou lettres), 7 BD parmi les meilleures et 1 ouvrage sur le patrimoine haut-jurassien.

Vous trouverez sans doute des idées de lectures estivales parmi les coups de coeur des membres du comité !

11 romans (ou lettres), 7 BD parmi les meilleures et 1 ouvrage sur le patrimoine haut-jurassien.

Romans

 

RAUFAST, Pierre. ­– La baleine thébaïde

Alma éditeur. – 18,50€

Le jeune Richeville, fraîchement diplômé d’une école de commerce, cherche un travail en accord avec son tempérament idéaliste. Il tombe sur une offre d’emploi de matelot pour une expédition scientifique. Il postule, il est pris ! Tout cela est trop beau pour être honnête, mais le jeune homme ne s’en rend pas compte, absorbé qu’il est par leur mission : trouver la « baleine 52 », une baleine émettant sur une fréquence unique…

Le roman de Pierre Raufast est un récit à tiroirs, qui fourmille d’anecdotes et de sous-intrigues. On croit partir sur un récit intimiste, mais on est rapidement assailli par des vagues de burlesque, de policier, de satire sociale… puis on croit se reposer avec une romance et on tombe dans le roman d’espionnage ! L’ensemble est hautement fantaisiste et divertissant, mais un peu grinçant aussi…

À découvrir

France


SARRAUTE, Nathalie. – Lettres d’Amérique

Gallimard. – 14,50 €

Ecrivain majeur du XXe siècle, dont le nom est associé pleinement au « Nouveau Roman », Nathalie Sarraute est restée longtemps un écrivain confidentiel en France. Elle défrichait un terrain difficile et inquiétant, elle dévoilait la réalité intérieure qui affleure sous le langage, qui n’a pas atteint la possibilité de s’exprimer. La suivre c’est se mettre en danger.

À côté de son œuvre qui mûrissait lentement, elle a écrit de nombreux essais littéraires, montrant les affinités secrètes présentes dans les œuvres de Proust, Kafka, Dostoïevski, Tchékhov, Flaubert... qui préparent la remise en question du formalisme littéraire. C’est l’essai « L’ère du soupçon » qui la fera découvrir, et très vite connaître aux Etats Unis, alors qu’elle a dépassé soixante ans. Les lettres rassemblées ici ont été écrites pendant une tournée de conférences, alors que l’Amérique s’enthousiasme pour son œuvre encore mal comprise à Paris ; elles sont adressées à son mari et nous montrent l’écrivain dans son intimité, elles ne nous renseigneront en rien sur son œuvre. Elles sont précieuses car elles nous montrent une facette d’un écrivain qui avait cultivé une extrême retenue sur sa vie privée. Il y a le plaisir de la découverte d’un pays et des rencontres, la spontanéité, l’humour, la simplicité, la grande proximité avec celui qui toujours avait cru en elle.

Un livre important pour ceux qui connaissent et aiment son oeuvre.

Hélène


SCIANNA, Giorgio. – Manquent à l’appel

Traduit de l’italien par Marianne Faurobert. –  Liana Levi. – 18 €

A la rentrée des classes en terminale d’un lycée italien quatre garçons « manquent à l’appel ». Le roman s’ouvre sur le désespoir des parents, la stupeur dans l’établissement scolaire. L’enquête de police avance lentement. Puis l’un des garçons revient, muet, en état de choc. Petit à petit se décrypte l’enchaînement qui a conduit ces garçons « ordinaires » à rompre avec leur milieu pour suivre le Jihad. Le roman s’attache uniquement au point de vue des garçons, leurs motivations, l’esprit de groupe qui les soude, les isole et les conforte dans une aventure idéalisée qui secrètement, individuellement, les effraie.

On pourrait redouter un roman éducatif, il n’y a pas de leçon dans ce livre. On comprend la volonté d’un adulte, écrivain, d’ouvrir un dialogue avec des adolescents sur un problème grave.

On pense au livre de Doris Lessing « La terroriste », autre forme de terrorisme au sein d’une autre génération, mais volonté de l’écrivain de s’attaquer à un problème dans une forme qui allait susciter l’incompréhension en Angleterre.

Un livre intéressant à lire.

Hélène


ESCOBAR GIRALDO, Octavio. – Après et avant Dieu

Traduit de l'espagnol (Colombie) par Anne Proenza. – Actes Sud. – 19,80 €

Le roman commence par une prière au chevet de la mère assassinée. Il y aura beaucoup de prières, d’amour et de fuites en avant dans cette histoire qui se lit d’un trait, accompagnée du peintre le Gréco, des chansons de Miguel Bosé et de paysages colombiens magnifiques.

Après tout, ce ne sont juste que des petits pêchés, enfin, presque, et l’on est bien étonné, à la fin du livre, de se trouver en empathie avec l’héroïne.

Un road movie colombien qui n’est pas sans rappeler Thelma et Louise, cité d’ailleurs pour nous enlever le plaisir de la référence trouvée.

Cela fait plaisir de lire un roman colombien moderne, libéré des sous-entendus religieux, politiques, sexuels.

Marie


SALVAYRE, Lydie. – Tout homme est une nuit

Le Seuil. – 18,50 €

Un homme de bonne volonté arrive dans un village pour se remettre d’une longue maladie. Pris de court par l’accueil plutôt froid des clients et du patron du bar, ne se résignant pas à la solitude, il ne comprendra pas la fureur, la jalousie, les peurs de ces gens.

Les villageois ne lâcheront pas prise, tout étranger étant ennemi. La rédemption finale est triste et banale.

J’ai trouvé ce roman décevant, trop simple et long.

Marie


MOORE, Alan. – Jérusalem

Traduit par Claro. – éd. Inculte. – 28,90 €

Merci à France de bien vouloir me laisser ce gros, cet énorme livre culte plus longtemps que prévu. Je vais en dire plein de mal afin que personne n’ait envie de s’y plonger et que je puisse le finir tranquille.

De toute façon, vous aurez mal aux bras à force de porter ses 1266 pages !

Comme, pour l’instant, je ne dirai pas mieux qu’Alan Moore, je lui donne la parole :

« Si on regarde longtemps au même endroit, qu’on s’intéresse aux gens qui vivent là, à l’architecture, à l’histoire, aux interactions entre familles et voisins, on accède à un niveau de connaissance du lieu profond et passionnant. En regardant un microcosme sous tous les angles, on peut saisir les principes universels qui régissent l’humanité. Jérusalem est le récit de ce voyage vertical. »

Traduction magnifique de Claro.

Marie


♥ PENNAC, Daniel. – Mon frère

Gallimard. – 15 €

Le titre est légèrement trompeur car si, effectivement, ce livre est un hommage à ce frère aîné mort lors d’une opération, il contient aussi altenativement le texte de la lecture spectacle "Bartleby", une adaptation de la nouvelle d’Hermann Melville. Il est en outre agrémenté des propres réflexions de l’auteur sur sa prestation et sur les réactions des spectateurs. Voilà donc une construction qui paraît au premier abord un peu déroutante mais dont le choix, au fond, peut s’expliquer. Tout comme Bartleby qui refuse toute communication, son frère marque par son détachement et son humour un retrait manifeste par rapport à notre monde. Brillant dès l’enfance, admiré par ses parents et le petit frère et par là, détenteur d’une mission implicite, celle d’être excellent en tout, ce frère aîné, dans son souci du contrôle, avait oublié d’être heureux. Désabusé par un travail qu’il n’aime plus et en butte à une épouse qui s’agace, il a sombré à la fin de sa vie dans la dépression. Daniel Pennac, éperdu de reconnaissance et d’affection car ce frère avait toujours pris soin de le protéger et de le défendre, dépeint un être tourmenté et d’une lucidité aiguë sur l’humanité.

C’est un très beau texte, émouvant.

Coup de coeur.

Françoise


WILMS, Anna. – Les assassins de la route du Nord

Traduit de l’allemand par Carole Fily. – Actes Sud. – 19,80 €

A la fin de la Première Guerre Mondiale, l’Albanie s’engage vers la modernité, le peuple des montagnes du Nord résiste aux changements du nouveau gouvernement. Les montagnards vivent selon le Kanun (code ancestral) qui place l’hospitalité comme la règle la plus importante et impossible à transgresser.

Premier roman très réussi ; on est très rapidement en immersion dans ce pays un peu oublié. L’assassinat de deux américains sur une petite route au printemps 1924 va à la fois déclencher une crise diplomatique et rompre un équilibre très précaire liant les différentes communautés. Livre à découvrir !

Chantal


♥ LEIRIS, Antoine. – Vous n’aurez pas ma haine

Fayard. – 12,90 €

Note : toujours d’actualité, ce texte a récemment fait l’objet d’une adaptation théâtrale, couronnée par le Molière 2018 du « Seul en scène ».

Antoine Leiris est journaliste et a perdu sa femme le 13 novembre 2015 au Bataclan. Leur fils Melvil avait 17 mois au moment de l’attentat. Ce court récit nous décrit la symbiose entre le père et son fils et nous guide vers la paix en refusant le chemin de la haine.

Ce texte magnifique évoque avec sensibilité la perte de l’être aimé mais Hélène reste à jamais dans le cœur du père et du fils qui marchent tous les deux vers une nouvelle vie.

Coup de cœur.

Chantal


BEN JELLOUN, Tahar. – La punition : récit

Gallimard. – 16 €

Tahar Ben Jelloun est né au Maroc, il est l’auteur d’un grand nombre de romans et de recueils de poésie édités en France, principalement au Seuil et chez Gallimard. Au début de cette année 2018 il a choisi de nous livrer un épisode de sa vie pendant lequel il s’est trouvé enrôlé de force dans l’armée, plutôt dans une armée. Il y est resté deux longues années, de 1966 à 1968, à subir l’isolement et les persécutions de toutes sortes. La dernière partie du récit se lit comme le dénouement d’un roman, une « chute » aussi authentique qu’étonnante. Les dessous des conflits dans le Magreb dans ces années 50 – 70 méritent bien les récits de ce genre. Tahar Ben Jelloun avait 19 ans en 1966.

À découvrir

Jean-Pierre

En cours de traitement à la MDJ


BOURAOUI, Nina. – Beaux rivages

J.-C. Lattès. – 19 €

Depuis son premier roman (à 23 ans), La voyeuse interdite – Livre Inter 1991 – en passant par Mes mauvaises pensées – Renaudot 2005 – Nina Bouraoui va au fond des choses. Pour autant ce titre Beaux rivages ne ressemble pas au livre. Mais comme toujours le roman est beau, pragmatique, calme, régulier. C’est tout simplement une histoire d’amour, d’un amour perdu. Tout se décline en un triangle moi-Adrian-l’Autre. La douleur, le ressenti, les passages de dépression puis de courage sont placidement exprimés, et le dernier mot de la narratrice (moi, dans le triangle) est pour dire que dans la guerre entre deux femmes pour l’amour d’un homme, l’une gagne, l’autre perd. En forme d’exergue, et de conclusion, on lit : « Personne n’est protégé contre la fin d’un amour ». C’est si vrai…

Jean-Pierre

Bandes dessinées

 

♥ WALDEN, Tillie. – Spinning

Gallimard. – 24 €

Tillie vit dans le New Jersey et fait du patinage de haut niveau. Les entraînements sont éprouvants, les entraîneurs sont durs avec les jeunes filles qui sont pourtant présentes soir, matin et week-ends en plus de l’école. Peu à peu, l’adolescence change la petite patineuse en jeune femme qui réalise son coming-out et arrête les compétitions.

Autobiographie de l’auteur qui a souhaité, sur quelques 400 pages, se raconter en laissant parler les émotions de l’époque de son enfance à l’âge de la maîtrise de sa vie. L’ensemble, bien que volumineux n’est jamais lassant, la trame de la naissance à soi étant menée de manière à ce que l’on ait envie de connaître la suite de ce destin. Le trait est léger et maîtrisé et la bichromie violette et jaune s’accorde bien au monde de l’enfance et du patinage sans être mièvre. Une jeune auteure prometteuse !

Coup de cœur.

Tout public

Élodie


HALIM. – Petite maman

Dargaud. – 19,99 €

Brenda est la fille d’une fille-mère qui a du mal à s’occuper d’elle-même tant elle est immature affectivement. C’est donc elle qui prend en charge sa mère même si souvent celle-ci la maltraite... L’arrivée d’un nouveau compagnon, violent lui aussi, et d’un petit frère, ne vont pas aider Brenda à sortir de l’enfer.

Un roman graphique poignant sur un sujet actuel et difficile : la maltraitance. Le mécanisme de la violence et de l’attachement à son bourreau est montré... ainsi que la résilience toujours longue mais possible.

Le noir et blanc est rehaussé d’un monochrome gris-vert qui sied à l’histoire et adoucit le dessin réaliste d’Halim.

Coup de poing ! Difficile de dire coup de cœur pour une histoire si dure.

Public adulte

Élodie


♥ BERNARD, Fred et FLAO, Benjamin. – Essence

Futuropolis. – 27 €

Achille conduit une voiture dans un endroit inconnu avec une jeune femme à ses côtés... Il ne se souvient pas qu’il est mort... La jeune femme est son ange gardien, elle doit l’aider à se souvenir de ce qu’il s’est passé dans sa vie pour qu’il puisse trouver le repos.

Une BD au format carré très réussie avec deux maîtres aux commandes ! Amour, suspens, philosophie : un road-trip onirique et émouvant où le héros mort est bien vivant, et cherche son « essence ».

Coup de cœur.

Tout public

Élodie


♥ SAFIEDINNE, Joseph et PARK, Kyungeun. – Monsieur Coucou

Le Lombard. – 17,95 €

Allan, d’origine libanaise, est installé en France avec sa femme Prune. La mère de Prune, Thésée, âgée et malade vit avec eux et Allan s’en occupe comme de sa propre mère, il la soigne, la masse, lui prépare des plats. Thésée demande à Allan d’aller au pays chercher un remède miracle de rebouteux pour la soigner... Allan se résigne à retourner au Liban, dans sa famille qu’il a reniée et abandonnée depuis vingt ans.

Deux auteurs exilés pour une BD très réussie sur le lien familial et la fuite de son pays, le nécessaire positionnement dans le pays d’accueil entre l’intégration et la part d’ailleurs (Abel est devenu Allan). Un dessin très réaliste et très doux à la mise en couleur lumineuse.

Coup de coeur

Tout public

Élodie


MERMILLIOD, Aude. – Les reflets changeants

Le Lombard. – 22,50 €

Aude, 22 ans, Jean, 53, et Emile, 79 ans, vont se croiser un été sur la Côte d’Azur alors que rien ne semble les rapprocher. Chacun des trois cherche un sens à son existence à sa manière et leurs destins sont liés.

L’auteur s’est librement inspirée de l’histoire de son grand-père pour parler d’Émile et de la Guerre d’Algérie, imbriquant son journal intime dans celui d’autres protagonistes dans un été chaud et langoureux.

À découvrir

Tout public

Élodie


♥ REUZÉ, Emmanuel. – L’Art du 9e art

Fluide Glacial. – 18,90 €

Ouvrage de référence pour apprendre tout ce qu’il faut savoir sur la BD en référence à l’Art invisible du maître Scott Mc Cloud. Ici son cousin Scott McCrawd, le côté obscur, l’empêcheur de tourner en rond, intervient pour dialoguer avec Emmanuel Reuzé de tout ce qui concerne la BD avec beaucoup de références et d’humour.

Une BD sur la BD pour les amoureux de... BD !

Coup de cœur

Tout public

Élodie


HORNE et CORBEYRAN. – Tête de vache, le conquérant nu

Marabout. – 15,95 €.

Tête de vache, explorateur espagnol natif de Grande Canaries, embarque en 1528 sur un bateau qui part découvrir la Fontaine de Jouvence. Hélas, le bateau n’atteindra jamais son objectif et l’équipage sera à moitié perdu en mer. Alvar Nunez Cabeza de Vaca, dit Tête de Vache, survivra parmi les peuplades indiennes en se faisant passer pour un guérisseur. Une fois rentré dans son pays après des années d’errance, il est renvoyé en Amérique du Sud où il finira sa vie en prison.

Une épopée triste et nue ! Le lavis de clair-obscur noir et blanc rend compte de l’état de désolation des hommes affamés et perdus qui se sont jadis retrouvés de conquérants en misérables dans des contrées lointaines.

À découvrir

Tout public

Élodie

Documentaire (fonds local)

 

GAUDILLIER, Rémy. – Histoire de l’évêché de Saint-Claude de 1945 à aujourd’hui

À compte d’auteur, Estimprim, Champagnole (disponible chez l’auteur).

Cet ouvrage d’intérêt local est un document important, écrit par un historien professionnel. L’auteur ne cache pas ses options personnelles, mais l’ensemble est tout entier une description impartiale des heurs et malheurs de l’église jurassienne, depuis la Libération en 1945, jusqu’aux Cercles du silence, en passant par les grands chambardements occasionnés par le concile Vatican II en 1965, et bien sûr, Mai 68.

On a donc affaire à un livre d’histoire essentiel, considérant que l’église catholique a été intimement mêlée à la vie des Jurassiens. Selon ses conviction personnelles, chacun pourra penser « c’est bien » ou « c’est mal », mais c’est ainsi qu’est l’Histoire.

Jean-Pierre

Document non présent à la MDJ : suggestion d’acquisition.