Romans

 

BATTISTELLA, Gautier. – Ce que l'homme a cru voir

Grasset. – 19 €
A découvrir

Simon est un taiseux, et son métier est une surenchère à son tempérament : il efface les réputations numériques. On devine que derrière la surface lisse qu'il donne à voir se cache un passé lourd à supporter. La mort de son ami d'enfance, qu'il n'a pas revu depuis vingt ans mais dont il doit gérer les funérailles, va l'obliger à un retour au village de son enfance, près de Toulouse, et à des retrouvailles non préméditées.
La construction est solide, le suspense, qui est lié uniquement au dévoilement de soi, et à l'acceptation de son passé, maintient l'intérêt.
Hélène


♥ BEAUNE, François. – L'esprit de famille : 77 positions libanaises

Elyzad. – 16 €
Coup de coeur

Auteur Petites Fugues 2018.
L’écrivain François Beaune se fait ici porteur de la parole d’autrui. Lors d’un séjour de plusieurs semaines au Liban, il a demandé aux gens de lui raconter une histoire marquante de leur vie. Il en a tiré ces 77 fragments, nous offrant une véritable plongée dans la société libanaise, où la famille est l’élément qui structure tout, de la vie la plus intime à la vie politique.
L’auteur met beaucoup d’attention à restituer la langue de chacun. Le ton direct de ces fragments, les personnalités hautes en couleurs qui s’expriment parfois, sans tabou, rendent cette lecture passionnante. Le lecteur a l’impression d’être celui qui a recueilli toutes ces confidences !
France

Second avis.
François Beaune écrit bien, c'est un grand plaisir de lire cette écriture riche, vivante, drôle ou dramatique. Ce sont 77 récits masculins ou féminins, racontant leurs expériences, leurs amours, leurs combats au sein de familles souvent traditionnelles. Ce sont 77 petites scènes de la vie quotidienne, chacune pourrait se transformer en récit plus long ou en pièce de théâtre.
Marie


BEAUNE, François. – Omar et Greg

Le Nouvel Attila. – 17 €

Auteur Petites Fugues 2018.
François Beaune poursuit ici son œuvre de porteur de parole, en restituant une discussion entre deux personnages qui, bien que tous deux nés dans des quartiers pauvres, ont longtemps suivi des voies opposées, avant de devenir amis. De militant anti-raciste, Omar est passé à la lutte armée, s’est converti à l’Islam, a fréquenté puis rejeté le FN, puis a dénoncé le prêche radical de son imam. Greg, lui, est entré au FN puis l’a quitté, au prix de son emploi. Deux écorchés en quête d’idéal qui, après avoir suivi les sirènes de l’extrémisme, s’en sont détournés, mais continuent à ne pas mâcher leurs mots dans leur souhait d’une société française où chacun trouverait sa place, au point de vouloir créer un « front social patriotique ».
Tour à tour, Greg et Omar racontent leur vie et François Beaune nous permet d’entrevoir les hommes derrière les clichés. Un livre d’actualité.
France


BEN JELLOUN, Tahar. – La punition

Gallimard. – 16 €
A découvrir

Déjà chroniqué en mai 2018, second avis :
Il s’agit d’une histoire personnelle de l’auteur. En mars 1965 au Maroc, après une manifestation pacifique, des étudiants (94) vont être enfermés pendant 19 mois dans un camp disciplinaire. Ce livre nous explique les brimades, humiliations, violences et manque de nourriture dont ils vont être victimes. Le coup d’état du 10/07/71 provoque leur libération sans aucune explication.
Cette punition est d’ordre politique ; Tahar Ben Jelloun décrit avec ses mots l’angoisse de l’enfermement, la fragilité de la liberté, et l’envers du décor de la monarchie sous Hassan II. Tahar Ben Jelloun confie : « J’ai dû attendre 50 ans avant de pouvoir écrire ce livre. » Difficile de faire des commentaires sur cet ouvrage !
Chantal


♥ BUTLER, Robert Olen. – L'appel du fleuve

Actes Sud. – 22 €
Coup de coeur

Robert, comme l'écrivain, s'est engagé en 1967, espérant pouvoir rester à l'écart des combats au Vietnam. Son jeune frère a déserté et s'est exilé, leur père, vétéran de la première guerre, et nostalgique de son époque, n'a jamais été un modèle pour eux. Robert n'a jamais pu parler de « sa guerre » et du traumatisme qui s'ensuivit. Il est resté amoureux du pays, amoureux d'une femme, hanté par la mort qu'il a donnée. Cinquante ans après le père va mourir et les malentendus familiaux sont encore là. L'expérience au Vietnam, fondamentale pour l'écrivain, les rapports de l'homme à la guerre, l'ambiguïté des relations familiales hantent son œuvre.
Hélène


COLOMBIER-HOCHBERG, Agathe. – Les vies turbulentes de Lady M

Fleuve éditions. – 18,50 €

Lady M : lire « Emme », pour Emma.
Voilà un roman bien dans la veine humoristique que son auteure affectionne et met en page avec bonheur. Il s’agit dans ce volume d’une aristocrate anglaise échouée à Paris par mariage et qui, suite à veuvage, voit sa fortune fondre comme neige sur la Tour Eiffel, qu’elle regarde du balcon de sa suite cossue, louée dans le 16e arrondissement. Débonnaire et pragmatique, l’ancienne riche septuagénaire se résout à quitter Paris pour ouvrir chambres et table d’hôte en province. Avec son « majordhomme » Edgar et sa petite-fille Juliette, ils forment un trio singulier et se lancent dans le commerce du tourisme. L’aventure commence pour ces héros qu’une pièce de théâtre pourrait mettre en scène pour une brillante comédie !
Jean-pierre


♥ DESTOMBES, Sandrine. – Les jumeaux de Piolenc

Hugo Thriller. – 19,95 €
Coup de coeur

Prix VSD RTL 2018 du meilleur thriller français.
Dans le Vaucluse, en août 1989, des jumeaux de onze ans disparaissent lors de la fête de l’ail. Après trois mois d’espoir, seule la fille Solène est retrouvée morte. Dans ce même village de Piolenc, en juin 2018, des enfants disparaissent à nouveau. L’histoire recommence environ trente ans plus tard. Est-ce un hasard ? Au fil de l’enquête, les langues se délient et les secrets remontent à la surface.
Un thriller rondement mené que l’on a du mal à lâcher. A lire absolument.
Nathalie


HATZFELD, Jean. – Deux mètre dix

Gallimard. – 18,50 €
A découvrir

Deux mètres dix, c’est la hauteur à franchir pour Sue et Tatyana, deux athlètes du saut en hauteur qui s’affrontent dans les compétitions internationales. Mais en ce début des années 80, la guerre froide exacerbe la rivalité entre leurs deux pays. Tout est bon pour gagner, quitte à broyer les athlètes. Bien des années après, Sue l’américaine reçoit une lettre de Tatyana, l’invitant à la rejoindre au Kirghizstan. Elle accepte et de cette rencontre naît une vraie fraternité : amour du sport, pressions, dopage, traversée du désert… Sue et Tatyana ont connu les mêmes épreuves.
Jean Hatzfeld retrace avec brio, par le biais du sport et à travers deux destins fictifs, tout le contexte géopolitique de la guerre froide. Le récit alterne entre les deux époques et se double d’une seconde intrigue, impliquant deux haltérophiles masculins, qui nous fait entrer plus profondément dans l’histoire du Kirghizstan et de sa lutte d’indépendance.
Tout cela pourrait sembler froid, mais Jean Hatzfeld trouve les mots justes pour décrire la beauté du geste du sportif, l’exaltation du dépassement de soi, la fraternité dans l’effort. Les grands blocs tombent et, si fragiles soient-ils, les hommes survivent et le Kirghizstan devient pour Sue une terre d’espoir.
France


♥ KUBICA, Mary. – Ton dernier mensonge

HarperCollins. – 19,90 €
Coup de coeur

Clara, qui vient d’accoucher d’un garçon, apprend que son époux est décédé suite à un accident de voiture dont leur petite fille de 4 ans est sortie traumatisée. Cette jeune maman, qui se retrouve seule face aux difficultés de la vie, va rechercher, à travers les peurs de sa fille, la vérité sur l’origine de cet accident de la route qu’elle suspecte d’être un acte criminel.
L’intérêt de la lecture se trouve dans la forme de construction du récit. On entend la parole de l’époux qui remonte dans le temps, en chapitres alternés avec le vécu de l’épouse qui se souvient des événements marquants de leur vie. Le suspense est maintenu jusqu’aux dernières phrases.
Martine


LE CARRÉ, John. – L’héritage des espions

Seuil. – 22 €

Un espion à la retraite est rappelé dans son ancien service pour s’expliquer sur une vieille affaire qui s’est déroulée pendant la guerre froide et qui a fait plusieurs victimes.
Je n’ai pas pu dépasser les 50 premières pages que j’ai trouvées très ennuyeuses. Je croyais que je retrouverai l’écrivain dont le roman La constance du jardinier m’avait captivée.
Martine

 


MOORE, Allan. – Jérusalem

Inculte. – 28,90 €

Suite… et fin ? Qu'on ne s'embrouille pas...je vous en livre un extrait :
« Quand vous comprenez que tout n'est pas rose, ni aussi riche que vous l'aviez supposé, vous vous sentez légèrement dupé et vous fustigez l'auteur pendant un moment. Mais entre-temps, les thèmes principaux de l'histoire s'élèvent autour de vous dans le récit, folie, amour, deuil, destin et rédemption.
Vous commencez à comprendre la véritable échelle de l’œuvre, sa profondeur et son ambition, les qualités qui vous ont échappé jusqu'ici. L'inquiétude vous gagne, le sentiment que le récit n'appartient pas au genre auquel vous aviez pensé au début, celui de l'aventure picaresque ou de la comédie sexuelle. Plus inquiétant, le récit outrepasse les limites rassurantes du genre pour s'aventurer dans le territoire perturbant de l'avant-garde. Pour la première fois, vous vous demandez si vous n'avez pas eu les yeux plus gros que le ventre, et vous vous êtes embarqué par inadvertance dans quelque Magnum opus colossal alors que vous vouliez juste vous contenter d'une lecture de plage achetée à l'aéroport. »
Sous les pavés (littéraires), la plage, merci Allan Moore de nous rassurer parfois !
Marie


PINGEOT, Mazarine. – Magda

Julliard. – 20 €
A découvrir

C’est le drame d’une mère à qui l’on apprend que sa fille est arrêtée et va entrer en prison. Magada a fui l’Allemagne dans des conditions mystérieuses et vit en Béarn avec mari et enfants. Sa fille Alice est partie vivre au Larzac dans une communauté paysanne, bohème, anarchiste. Quand un sabotage échoue sur une voie ferrée, Alice et son compagnon sont mis en examen et écroués. Leur fille Rosa, huit ans, est remise à ses grands-parents qui la scolarisent et lui redonnent le goût d’une vie sociale normale.
On a là le roman d’une famille normale à qui il arrive des malheurs, car l’histoire personnelle de Magda est aussi un drame en elle-même, insoupçonné. C’est une belle fiction sur ce sujet malheureusement d’actualité : si on y parle de « sabotage », le terme « terrorisme » est bien sous-entendu.
Jean-Pierre


♥ PITCHAL, Benjamin. – La classe verte

Gallimard. – 21 €
Coup de coeur

Benjamin Pitchal est bouquiniste rue d’Ulm à Paris. Il livre son premier roman comme autobiographique, c’est un peu romancé quand même. Alain Gheerbrandt, son grand-père, a été le dernier des grands explorateurs, en même temps que reporter, éditeur et poète. Le narrateur trompe ses parents qui le supposent étudiant : sous couvert d’apprentissage dans les milieux bouquinistes de la capitale, il est surtout marchand de drogue, organisateur de trafic régulier de résine et d’ « herbe » (cf le titre du livre) avec la Hollande. Cette activité lucrative l’enverra en prison, dénouement prévisible et préparé.
Mais l’intérêt du livre n’est pas là. Il s’agit de la relation particulière développée entre Benjamin Pitchal et son grand-père Alain Gheerbrandt, qu’il n’a connu qu’à l’âge de dix ans, et qui devint son maître en littérature, son conseiller en poésie, son complice en trafics illicites, et son seul soutien dans l’adversité. La sincérité, la poésie, l’humilité dans le récit font de ce livre un coup de cœur !
Jean-Pierre


♥ QUINT, Michel. – Misérables !

Phébus. – 19 €
Coup de coeur

Un ex-policier, Laurent, enquête pour une compagnie d’assurance-vie afin de retrouver les bénéficiaires de contrats non réclamés. L’action se situe dans Calais, où le flair et l’intuition de Laurent vont nous entraîner de puis l’élection de François Mitterrand, sur les pistes laissées par le bénéficiaire d’une assurance-vie.
A travers cette enquête, Michel Quint nous décrit quelques situations et personnalités composant les différentes couches de la société calaisienne. Habitants installés depuis plusieurs générations et en marge, les migrants et leurs organisations dans la « jungle ». Le style de Michel Quint fait vivre les acteurs de son récit à travers ses mots toujours percutants, parfois du parler courant ou local. Ses phrases utilisant de nombreux adjectifs descriptifs des comportements et attitudes rendent les personnages vivants et pour certains attachants. Misérables, comme nombre de livres de Michel Quint, nous maintient dans le suspense jusqu’aux derniers mots. Bref un sacré talent d’écrivain avec un style particulier.
Martine


VIOLLIER, Yves. – Le marié de la Saint-Jean

Presses de la Cité. – 19 €
A découvrir

Yves Viollier nous propose une réflexion sur l’immigration. Le personnage principal du roman est un jeune chinois venu en France pour ses études de médecine. Plus précisément, il a été « expédié » en France par son père, un carabin autoritaire. Ayant rencontré dans son entourage estudiantin une jeune provinciale, il prépare son mariage dans la campagne vendéenne. Et nous livre ses impressions, ses souvenirs de petite enfance chinoise, son adaptation difficile dans cette France qui l’adopte et qu’il aime, au point d’y prévoir son installation définitive.
On se laisse emporter dans ces réflexions sans chercher la part du vécu et de l’imaginaire, Yves Viollier est un grand écrivain de terroir.
Jean-Pierre


VUILLARD, Éric. – La guerre des pauvres

Actes Sud. – 8,50 €
A découvrir

Certains écrivains semblent avoir une préscience des événements à venir. Voilà un petit opuscule écrit avant le mouvement des gilets jaunes qui tombe à pic : on y trouve un aperçu des révoltes populaires du Moyen Âge et de la Renaissance dans le Saint Empire germanique et plus particulièrement celle menée par Thomas Münzer au début du 16ème siècle et qui dura quelques années, suffisamment longtemps pour avoir laissé des traces. Dans une langue toujours élégante et précise, Éric Vuillard nous fait partager par ce récit de 68 pages son analyse de la fureur du peuple et de sa répression.
Françoise

 

Poésie

 

VALLOTTON, Jean-Pierre. – Orphelins de l'orage

L'atelier du grand tétras. – 16 €

Recueil de poésies d'un auteur suisse né en 1955. Auteur d'une cinquantaine de livres, J.P. Vallotton enchaîne avec bonheur la poésie, les nouvelles, les livres pour enfants et la traduction.
Celui-ci est inspiré par la nature, souvent sombre, mais aussi par des tableaux vus ici ou ailleurs. Ce sont de courtes impressions, en prose, d'un monde mélancolique.
Marie

 

Bandes dessinées

 

ACATO, Ao. – Contamination, 1

Kana – 5,95 €
A découvrir

Tout débute par la mort d’un soldat des Forces d’autodéfense qui s’effondre en crachant du sang et qui décède peu après à l’hôpital. Rapidement, d’autres patients arrivent avec les mêmes symptômes. Le Docteur Tamaki déclare l’état d’urgence face à la peste qui sévit, malgré les réticences de son chef et s’obstine à se battre.
Une série en 3 tomes. Un manga plein d’action.
Nathalie


♥ CHRISTIN, Pierre et AYMOND, Philippe. – Est-Ouest

Dupuis. – 26 €
Coup de coeur

Christin nous entraîne dans un voyage spatial et temporel : sa jeunesse aventureuse dans les années 50, sa rencontre avec Mézières et les voyages qu’ils ont fait ensemble (ou non), lesquels ont plus tard largement inspiré leurs bandes dessinées dont la plus célèbre est la série des Valérian et Laureline. Il montre l’osmose qui s’est créée avec le temps entre le scénariste et le dessinateur, l’un passionné par l’ouest des Etats-Unis, l’autre par les pays de l’est. L’addition de ces influences a permis de créer le monde imaginaire que les amateurs de SF connaissent bien. Philippe Aymond illustre avec talent ce récit.
Françoise


COSTE, Xavier, L’enfant et la rivière, d’après le roman d’Henri Bosco

Sarbacane. – 19,50 €
Tout public
A découvrir

Pascalet vit à la campagne entouré de ses parents. Il aimerait pouvoir s’éloigner du côté de la rivière d’où un voisin lui ramène des poissons qu’il a braconnés mais son père le lui a formellement interdit… Aussi, quand ses parents le laissent aux bons soins de sa tante pendant une semaine, c’est l’occasion pour lui de braver les interdits et d’explorer les lieux.
Adapté du roman d’Henri Bosco, Xavier Coste illustre assez magiquement l’histoire initiatique de l’adolescent bravant les interdits pour vivre en autonomie avec un ami, en mélangeant peinture et pastels numériques, c’est là toute la force de l’album. L’histoire peut-elle encore toucher les jeunes générations ou est-elle écrite pour les nostalgiques d’un temps non numérique révolu ?
Elodie


DILLIES, Renaud et LA PADULA, Grazia. – Le jardin d’hiver

Paquet. – 17 €
A découvrir

Sam mène une vie solitaire et triste, égayée de temps à autre par son amie Lili. Et pourtant le bonheur n’est pas si loin, une rencontre avec un vieux monsieur, un jardin d’hiver et tout s’éclaire.
Une histoire simple, poétique agrémentée de dessins aux couleurs pastel.
Françoise


♥ EVENS, Brecht. – Les Rigoles

Actes sud BD. – 29 €
Tout public
A découvrir

Jona doit déménager pour Berlin afin de rejoindre son amie. Ses cartons sont faits, il lui reste une dernière nuit à Paris, une dernière nuit pour voir ses amis, pour fêter son départ. Mais ses amis ne sont pas disponibles et Jona va trébucher sur les travers de l’ancienne vie qu’il fuit… Rodolphe, lui, ne va pas très bien. Il a prévu de sortir et de boire juste une tisane. Le monde de la nuit et les différentes rencontres qu’il fait lui permettent de s’ouvrir à la vie et tous ses possibles. Il se transcende pour mieux renaître. Victoria sort quant à elle avec sa sœur, son ex et sa nouvelle petite amie. Vic est très entourée, mais ses amis l’empêchent de se libérer totalement, tant ils la protègent comme une garde rapprochée. Tous se croisent sans se rencontrer et vivent les aventures d’une nuit comme un espace d’expériences multiples, un monde où tout se réinvente : soi, les autres, son rapport au monde… Chacun cherche son plaisir dans une ville aux possibilités immenses où tout est attirant.
Brecht Evens réitère une expérience graphique rare, la superposition de touches de couleurs à l’aquarelle sur des centaines de pages, éblouissant, ébouriffant, la tête nous tourne aussi dans cette nuit parisienne…
Elodie


♥ GIROUD, Frank et CUCCHI, Andrea. – Churchill et moi

Casterman. – 18,95 €
Coup de coeur

Fille d’un maquignon qui fournit la famille Marlborough, celle de Churchill, Clémentine Harper tombe amoureuse du jeune Winston qu’elle a l’occasion de côtoyer sur les domaines du château. Pour le conquérir, elle décide de se hisser à force de travail et d’exploits inhabituels pour une femme de cette époque, dans la bonne société anglaise. Elle devient journaliste, ce qui dans l’Angleterre victorienne est déjà extraordinaire, mais parvient même à se faire embaucher comme reporter de guerre en Afrique pendant la guerre des boers.
C’est une magnifique bande dessinée aux dessins efficaces qui sert avec bonheur l’histoire de cette émancipation féminine.
Françoise


♥ GUDULE et MÉLAKA. – Sous les bouclettes

Delcourt. – 18,95 €
Tout public
Coup de coeur

Mélaka est la fille de Gudule, la célèbre auteure pour la jeunesse. Elle est sa fille, sa meilleure amie, sa confidente et lorsqu’elle tombe malade, elle s’occupe d’elle dans son combat contre la maladie, jusqu’à la mort.
Récit émouvant qui mêle des anecdotes de vie de Gudule à sa vie une fois malade. Le dessin enjoué de Mélaka, tantôt sépia pour la vie passée, tantôt bleuté pour la vie actuelle, nous aide à nous distancier de l’émotion d’un récit de fin de vie. Mélaka réussit à faire vivre toute l’énergie qui a animé Gudule toute sa vie et à ne pas voir en elle que la malade.
Elodie


HAMELIN, Lancelot et ERBETTA, Luca. – Dans les eaux glacées du calcul égoïste, Livre 1 : Le bal des matières

Glénat. – 17,50 €
Public adulte
A découvrir

1929, Victor est rentré de la guerre défiguré, il porte un masque pour dissimuler les lambeaux de son visage. A Paris, les surréalistes sont réunis autour de Bunuel, Dali, Cocteau, et de leurs créations : après Un chien andalou, L’âge d’or reflète une époque trouble où les esprits sont partagés entre liberté et conservatisme. Victor les surveille, les infiltre…
Thriller historique se déroulant dans le milieu artistique où le dessin et le découpage cinématographiques font monter la tension et la folie des personnages. Suite et fin dans le tome 2.
Elodie


HOLLEVILLE, Elizabeth. – L’été fantôme

Glénat. – 25 €
Tout public
A découvrir

Louison arrive chez sa grand-mère avec sa sœur et ses cousines pour les vacances d’été au bord de la mer. Alors que ses cousines sont davantage intéressées par les sorties nocturnes avec les garçons ou les transgressions, Louison va faire la connaissance d’une jeune fille qui rôde dans la maison, un fantôme pas toujours bienveillant mais qui lui permet d’échapper à sa solitude.
Ligne claire, dessins simples et couleurs franches pour une bande dessinée assez classique dans la forme mais dont le scénario efficace mérite l’intérêt. Un huis clos de filles, jeunes-filles, grand-mère qui fait également réfléchir aux âges de la vie.
Elodie


♥ RODOLPHE et GNONI, Laurent. – Je suis un autre

Soleil. – 18,95 €
Tout public
A découvrir

Peppo et Sylvio sont deux adolescents qui comme chaque été profitent du bord de mer. Mais une jeune femme s’installe avec ses toiles et ses pinceaux dans la maison vide voisine et Peppo tombe vite amoureux, ce qui agace son frère. Un matin, alors que Peppo vient voir la belle Edwige, il la retrouve poignardée au sol.
Thriller psychologique désarmant, réalisé avec brio tant sur le plan du scénario que du dessin où les couleurs alternent entre le chaud et le froid selon les évènements.
Elodie


ROTMAN, Patrick et VASSANT, Sébastien. – Mai 68 : la veille du grand soir

Seuil. – 24,95 €
A découvrir

Il s’agit ici des événements de mai 68 racontés par le biais de la BD. Même pour les personnes qui ont connu la période, cette synthèse claire et complète est fort utile, à la hauteur de la réputation de Patrick Rotman, l’historien et réalisateur de documentaires que l’on connaît. On avait presque oublié que toute l’affaire avait commencé à Nanterre le 22 mars avec la revendication des étudiants de pouvoir aller dans le dortoir des filles ! Par contre les dessins qui accompagnent le propos sont décevants : De Gaulle ne ressemble à rien, et on reconnait à peine les autres protagonistes, même Cohn Bendit… Pour une BD, c’est tout de même ennuyeux.
Françoise


RYUKISHI07 et KOIKE, Nokuto. – Firefly, 1

Komikku. – 8,50 €

Le jeune Yukito mène une vie de reclus. Accompagné de sa demi-sœur Yue et de son père, ils se rendent dans la ville natale de son père pour l’enterrement de sa grand-mère. Après la veillée funèbre, une chose surnaturelle s’est passée. La grand-mère a disparu pendant la nuit. D’étranges phénomènes apparaissent également : mur de brume épaisse, bruit inexistant, mouches anthropophages…. Que se passe-t-il ?
Une série en 3 tomes. Un manga fantastique avec une histoire qui vous tient en haleine. On attend la suite.
Nathalie


♥ STEINAECKER, Thomas von et YELIN, Barbara. – Une vie comme un été

Delcourt. – 15,95 €
Tout public
Coup de coeur

Gerda, 85 ans, est pensionnaire d’une maison de retraite. Entre les petits tours dans le jardin et les essais du nouveau fauteuil, la vie de Gerda, brillante scientifique, nous est contée. Les humiliations qu’il a fallu subir pour s’en sortir par le travail, les renoncements pour ne pas empiéter sur la vie de famille, le divorce, la solitude et toujours le travail passionnant et salvateur.
Barbara Yelin rythme de ses aquarelles l’histoire de Thomas Steinaecker et, de petites vignettes en pleine page, apporte la poésie à l’histoire presque banale et pourtant unique d’une vie que l’on regarde par-dessus son épaule au soir de la vie. On retrouve la mélancolie présente dans Irmina (prix Artémisia 2015) sans qu’un quelconque jugement soit porté, juste une vie…
Elodie


♥ VIVÈS, Bastien. – Le Chemisier

Casterman. – 20 €
Public averti
Coup de coeur

Séverine est une étudiante en lettres qui vit en couple avec son ami. A la faveur d’un baby-sitting durant lequel ses vêtements sont tachés, on lui prête un chemisier en soie qui lui donne le super pouvoir de devenir irrésistible !
Bastien Vivès au mieux de son art, du sexe, de l’érotisme, de la violence, du suspense sur fond de tension terroriste… tous les sens sont exacerbés et l’on retrouve les thèmes chers à Bastien Vivès et son trait / attrait pour dessiner les fortes poitrines…
Elodie

 

Documentaires

 

BARBEAUX, Jean-Claude. – L'année 1968 en Franche-Comté

Ed. du Sékoya. – 18 €
A découvrir

C’est le portrait de la Franche-Comté à un moment crucial de l’histoire de la deuxième moitié du 20ème siècle. L’atmosphère et les événements y sont très bien rendus. La plupart des personnes qui ont participé à ces événements peuvent parfaitement s’y retrouver et se souviendront avec émotion de cette période fascinante.


Françoise


KHADRA, Yasmina. – Le baiser et la morsure

Bayard. – 16,90 €
A découvrir

Il s’agit d’une succession d’entretiens de Yasmina Khadra avec Catherine Lalanne. L’écrivain parle dans cet ouvrage de sa famille, son enfance brisée lorsque son père l’inscrit à l’école militaire des cadets à son neuvième anniversaire. Il évoque également son engagement littéraire contraire à sa carrière militaire et l’incompréhension qu’elle a suscité dans son entourage. Il souligne l’importance pour lui de l’amitié et de l’amour pour Amal son épouse qui a toujours été à ses côtés.
Livre intéressant si on désire mieux connaître cet auteur algérien et au-delà l’homme et ses blessures.
Chantal


MIGLIORINI, Luigi Mascilli. – Metternich

CNRS édition. – 27 €

Le défaut principal de cet ouvrage universitaire réside dans l’absence de repères chronologiques et factuels. L’auteur, spécialiste de la période, s’adresse à un public déjà averti qui connaît les péripéties napoléoniennes par cœur. Le style est celui d’une conversation sur la diplomatie de Metternich que l’on reprendrait après l’avoir momentanément interrompue. Le résultat est malheureusement indigeste pour le grand public, et peut-être même pour un étudiant de première ou deuxième année. En tous les cas, il manque au moins une table chronologique alors que bizarrement l’éditeur n’a pas lésiné sur l’iconographie. En outre l’auteur est un universitaire italien mais nulle part n’est indiqué s’il s’agit d’une traduction. Bref, en médiathèque publique, on peut s’en passer.
Françoise


♥ OZ, Amos. – Chers fanatiques : trois réflexions

Gallimard. – 10,50 €
Coup de coeur

Trois essais nés de conférences données à partir de 2002 par le grand écrivain et militant pour la paix mort le 28 décembre dernier. Dans le premier il donne des éléments pour guérir du fanatisme en général et du fanatisme religieux en particulier, sans chercher à analyser l'un en particulier, et conclut sur la nécessité de « contrôler le petit fanatique qui se cache en nous ». Le titre du second « non pas une lumière mais plusieurs » répond à la question : que veut dire être Juif ? La confrontation des contraires, la controverse, encouragent la créativité et la réflexion qui sont inhérentes à la tradition juive. Enfin le troisième essai expose ce qu'il croit être la seule voie pour sortir du conflit israélo-arabe aujourd'hui, la création de deux états.
C'est une réflexion stimulante, jamais austère. Chez lui, malgré le pessimisme, l'humour résiste. La forme, accessible, mêle analyses historiques, interprétations bibliques, anecdotes ou petites « histoires juives », formules claires qui ne signifient pas simplifications hâtives.
Hélène


♥ SPINNEY, Laura. – La grande tueuse : Comment la grippe espagnole a changé le monde

Albin Michel. – 24 €
Coup de coeur

La mémoire collective a longtemps sous-estimé ses ravages, on sait maintenant qu'elle a été plus dévastatrice encore que la grande guerre qui se termine. Elle est apparue probablement d'abord aux U.S.A puis a traversé les frontières, grâce aux mouvements des troupes d'un continent à l'autre, profitant des migrations humaines liées aux conflits. On n'avait pas encore identifié son vecteur, alors qu'on vient tout juste de découvrir les bactéries responsables de la tuberculose et la peste. Mais les virus, trop petits, échappent à l'observation au microscope. On ne sait pas encore soigner les malades, et seul l'isolement pouvait contenir la pandémie. Mais on n'en était pas encore là dans bien des contrées. Ce livre est une enquête, qui avance d'une manière non linéaire, au gré des situations, et des intuitions des médecins confrontés au mal. Il donne cependant à réfléchir sur les comportements humains face à un ennemi incompréhensible, les terreurs et errements qu'il suscite, et sur les prises de conscience de médecins, praticiens ou chercheurs, qui vont peu à peu éveiller les consciences et susciter les premières mesures de prévention en matière de santé publique.
C'est une enquête passionnante à lire qui déborde sur les champs de la démographie, la sociologie, la politique... Au-delà de l'intérêt historique, indéniable, on appréciera aussi ce livre qui nous incite à la réflexion sur nos comportements et les mesures sanitaires à mettre en œuvre face aux défis d'autres pandémies qui menacent les populations, toujours la grippe, mais Ebola, le Sida, Zika. Au passage on envisage mieux la nécessité de la vaccination.
Hélène

 

A redécouvrir

 

BRUEL, Annie. – Les amants de Malpasset

Presses de la Cité, 2004. – 19,20 €

Le 2 décembre 1959, à 21 heures 14, le barrage de Malpasset, nouvellement édifié en amont de Fréjus dans le Var, a cédé, noyant plus de 500 personnes dans les villages et dans le tiers de la ville. Les amants de Malpasset, c’est une histoire d’amour, dans les hauts du barrage, et c’est aussi l’histoire tragique de cette gigantesque erreur humaine, vue par la romancière. Il faut connaître ce drame, si ce n’est par les récits historiques officiels, du moins à la lecture de cette petite œuvre romanesque très édifiante, écrite par quelqu’un qui connaît bien la région.
Jean-Pierre