ACIMAN, André. – Les variations sentimentales

Grasset. – 20,90 €

Traduit de l'anglais (Etats Unis) par Anne Damour.
Cinq moments de la vie, cinq étapes de la vie amoureuse d'un homme.
Plus que les variations sentimentales, il s'agit du sentiment amoureux, du désir qu'un homme peut connaître à différentes époques de sa vie, pour un autre homme, ou une femme. Il y a la révélation, l'exaltation du sentiment amoureux et l'infinie solitude de celui qui ne peut se déclarer, l'étonnement que l'on ressent face à ses propres réactions dans une relation qui se modifie, et le passage du temps, autre composante... Impulsions du corps et du cœur, amours inaboutis, vie de couple établi. Tout le livre est un cheminement dans la complexité des sentiments, l'apprentissage de soi. C'est une voix mélancolique et sensuelle qui ne laisse pas indifférent.
Un livre intéressant à découvrir. Hélène.


AMAWORO WILSON, J.J. – Les dévastés

Editions de l'Observatoire. – 22 €

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Camille Nivelle.
Six cents sans-abri ont trouvé refuge dans une tour, 3e immeuble le plus haut de Favelada (ville fictive). Ce livre est inspiré de la tour de David (bidonville en hauteur squatté de 2007 à 2015) à Caracas, Venezuela.
Je n’ai réussi à lire que les 80 premières pages. Les personnages, tous en très grande difficulté physique, psychologique et sociale, tentent de s’organiser pour survivre. De courts chapitres nous font avancer dans cette cité verticale gangrénée par la corruption, le crime organisé, le tout dans un climat de cataclysmes et de vengeances. Martine.


♥ CHEVILLARD, Eric. – L'explosion de la tortue

Minuit. – 18,50 €
Coup de coeur

Fidèle aux éditions de Minuit, Chevillard nous embarque cette fois-ci encore dans une fable éblouissante.
Partant en vacances un mois, voulant voyager léger, il organisa la survie de sa tortue de Floride en conséquence : un quartier de Paris recherché, une salle de bain à température égale, de l'eau, de la nourriture à profusion, tout pour être heureuse quoi... mais comment se fier à une tortue de Floride... A son retour, celle-ci était en piètre état et il eut beau dépenser de l'énergie, même de l'argent pour de la colle, se fâcher avec Aloïse, la carapace de la tortue Phoebe, entre ses doigts, fit crac ... Comme un malheur n'arrive jamais seul, l'auteur présumé Louis Constantin Novat, dont il pensait s'approprier les écrits, s'avère connu d'un obscur journaliste...
L'humour est là, l'amour des hommes, pas toujours... La langue de Chevillard est une langue sincère, inventive et simple. Il rebondit sur une idée, part de côté et revient parfois là où on ne l'attend pas, mais retombe toujours sur ses pieds. Marie.


♥ DAENINCKX, Didier. – Artana ! Artana !

Gallimard. – 18 €
Coup de coeur

Erik Ketezer, vétérinaire en Normandie, part en Thaïlande pour enquêter sur l’assassinat de son ex beau-frère. Il reconstitue le puzzle et découvre que ce crime lointain a pour origine la commune de son enfance située dans le département du 93.
Ce roman dénonce certains politiques et la gestion calamiteuse de certaines « municipalités ». Des hommes qui n’hésitent pas à s’appuyer sur des trafiquants de drogue et des extrémistes islamiques pour régner en maîtres ! Ce livre est passionnant et écrit sans complaisance. « Artana » est le cri de guerre des guetteurs à l’approche de la police. Encore un récit magnifique pour Didier Daeninckx.
Chantal


DI PAOLO, Paolo. – Presque une histoire d'amour

Belfond. – 19 €

Traduit de l'italien par Renaud Temperini. –
Nino donne des cours de théâtre à Rome après un passage raté à Londres. Il rencontre Teresa, récemment échaudée par un amoureux, par l’intermédiaire de Grazia, professeure de Nino et tante de Teresa.
Très poétique, très difficile à assimiler par un style bâclé. Il m’a fallu la moitié du livre pour situer les personnages. Intéressant mais mal rendu.
Chantal et Thierry


♥ DJIAN, Philippe. – A l'aube

Gallimard. – 19 €
Coup de coeur

Roman à suspense. Style dépouillé, dialogues difficiles à attribuer. Personnages dont les facettes de personnalités troubles se révèlent en plusieurs étapes.
Aux USA, après le décès de ses parents, Joan revient dans leur maison pour s’occuper de son frère autiste, Marlon. Philippe Djian nous fait entrer dans la maison des parents encombrée par leurs personnalités et leurs souvenirs. La double vie de Joan dans son magasin de vêtements et son activité d’escort-girl, les souvenirs des parents aux activités politiques très engagées, ainsi que les côtés obscurs des personnalités des différents personnages font corps avec l’écriture inconfortable de Philippe Djian.
Dans ce livre tout est rendu compliqué, l’écriture, le sujet, les personnages. Après avoir repris la lecture du début à deux reprises, j’ai enfin compris comment avancer dans ce récit déstabilisant. La fin du livre nous réconcilie avec l’écriture de Philippe Djian en nous donnant les clefs des failles des personnages qui étaient enfouies sous l’image qu’ils voulaient donner.
Coup de cœur
Martine


♥ HANSEN, Erik Fosnes. – Une vie de homard

Gallimard. – 23,50 €
Coup de coeur

Traduit du norvégien par Hélène Hervieu.
Très beau roman d'un auteur norvégien, traduit dans le monde entier.
Sedd est le jeune héritier d'un hôtel de luxe dans les montagnes norvégiennes. Il est élevé par ses grands-parents, de façon très traditionnelle. Il est poli, ordonné, dévoué. Mais nous sommes en 1980 et le monde change, les adultes ne s'en rendent pas forcément compte. Pour ne pas perdre la face, chacun, comme le homard lorsqu'il est plongé dans l'eau bouillante, rentre et se cache sous une épaisse carapace de non-dits... De beaux personnages, une intrigue, de la neige, tout pour plaire !
Marie


JANECZEK, Helena. – La fille au Leica

Actes Sud. – 22,80 €

Traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli. Personnellement, je n'ai pas réussi à « rentrer » dans ce livre dont le sujet m’intéressait pourtant.
Gerda Taro fut la compagne de Robert Capa, célèbre photo reporter des années 1930-40. Elle mourut accidentellement à 26 ans lors de la guerre d'Espagne.
Les multiples personnages, les références historiques, les lieux et dates un peu mélangés ont fait que je me suis perdue dans ce livre.
Dommage.
Marie


♥ KHALIFA, Khaled. – La mort est une corvée

Actes Sud. – 21,50 €
Coup de coeur

Au départ l’histoire semble simple, un homme âgé se meurt dans un hôpital et exprime une dernière volonté à son fils : il veut être enterré auprès de sa sœur, morte il y a des années dans des circonstances tragiques. Sauf que nos personnages sont Syriens et que rien n’est simple.
L’histoire s’étire au fil de la route, de ce chemin qui n’est pas si long mais qui devient une véritable expédition, rythmée par les check points, la guerre toute proche et les déchirures de ce pays. On voyage dans cette voiture au côté des trois enfants, trois adultes unis par la dernière volonté de leur père qui s’engagent dans un périple impossible au côté de ce corps, qui subit les outrages du temps et leur impose son urgence. Vont-ils y arriver ? Est-ce que la route finira un jour ? Est-ce que le lien fragile qui les unit résistera à ce voyage insensé ? Est-ce qu’ils arriveront à respecter la dernière volonté de leur père ?
En creux, c’est l’histoire d’une famille déchirée que l’on découvre. Une famille ou chacun porte le poids d’une culpabilité, d’un renoncement, d’un abandon. Un court roman, prenant et surprenant.
Lore


LE CARRÉ, John. – L'héritage des espions

Seuil. – 22 €
A découvrir

Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Isabelle Perrin (déjà chroniqué en janvier, second avis).
Ce roman s’appuie sur l’histoire de George Smiley, officier de renseignements travaillant pour le « cirque » et redoutable espion. Le récit mêle deux époques différentes et l’on est immergé en pleine guerre froide pour essayer de comprendre l’opération Windfall.
Livre assez difficile et trouble car les rapports administratifs sont comme la mémoire des hommes, fragiles après 50 ans. Que s’est-il réellement passé en 1961 au pied du mur de Berlin ? Vérités et mensonges s’entrechoquent tout au long de l’ouvrage. « L’Angleterre ne compte pas, c’est l’Europe qui a toujours valu la peine que l’on se batte pour elle. »
Chantal


♥ LÉGER, Nathalie. – La robe blanche

P.O.L. – 16 €
Coup de coeur

C'est l'histoire vraie d'une jeune femme artiste, partie de Milan pour Jérusalem, en robe blanche de mariée, violée et assassinée en route, que Nathalie Léger va mettre en mots délicats. C'était un geste préparé, de paix, de courage pour tenter de réconcilier les hommes. Elle ne sera pas arrivée mais l'on se souviendra de son geste.
C'est aussi une autre histoire, celle de sa propre mère, mariée puis divorcée dans les années d'avant le divorce par consentement mutuel. Privée de la garde de ses enfants par un jugement rapide et injuste, elle mènera une vie discrète mais courageuse. Les mots de sa fille lui feront retrouver sa fierté de mère et de femme.
C'est aussi pour cela que la littérature existe et j'ai trouvé ce livre très beau.
Marie


MANOOK, Ian. – Heimaey

Albin Michel. – 22 €
A découvrir

Un père et sa fille veulent se « retrouver » grâce à un voyage en Islande. Mais les vieux drames et démons du précédent voyage paternel resurgissent.
Manook, écrivain toujours aussi bien documenté, décrit les merveilleux paysages et traditions islandais. Le suspense et l’enquête sont taillés au rasoir. Les méchants sont très méchants et idiots, les gentils sont parfois méchants et intelligents, les personnages secondaires sont typiques. Cependant on retrouve la même trame et le même type de personnages que dans sa trilogie Yeruldelgger (en Mongolie), en particulier le commissaire solitaire, dur, toujours à la limite et finalement attachant. Les connaisseurs de Yeruldelgger seront soit déçus de la ressemblance soit réjouis.
Chantal et Thierry


♥ MINIER, Bernard. – M, le bord de l'abîme

XO. –21,90 €
Coup de coeur

Thriller. Livre qui se lit d’un trait. Il nous emmène sur le terrain des NTIC et de l’intelligence artificielle qui va continuer à envahir nos espaces professionnels et personnels. Nous suivons Moïra, une jeune Française qui a été recrutée par le géant du numérique Ming dont les bureaux se trouvent à Hong Kong.
Atmosphère cataclysmique, tendue dans Hong Kong étouffant et glauque. L’intrigue policière est surréelle du fait des agissements d’un tueur sadique. Les personnages de Moira et du jeune inspecteur apportent un peu d’humanisme dans ce monde de bases de données et de logiciels prêts à répondre à toutes les demandes. Bref livre dérangeant, fulgurant par moments. Des questions sont soulevées pour lesquelles nous aurons des réponses dans quelques années.
Martine


♥ RAHIMI, Atiq. – Les porteurs d’eau

P.O.L. – 19 €
Coup de coeur

Ce roman se construit autour de deux histoires parallèles et se déroule sur une journée bien particulière, le 11 mars 2001, le jour où les talibans ont explosé les bouddhas géants de Bamiyan.
Nos deux personnages sont afghans. Le premier est exilé en France, tentant d’oublier cette « afghanité » qui lui colle pourtant à la peau, particulièrement en cette période ou les yeux sont rivés sur son pays d’origine. Il a fui son pays et en cette journée pluvieuse il décide de fuir sa vie. Ira-t-il jusqu’au bout ? L’autre personnage est un porteur d’eau. Un homme autrefois méprisé, mais aujourd’hui indispensable à la communauté : en cette période de sécheresse, il est le seul à connaître le secret de la source et à pouvoir alimenter le village en eau. Une vie bien réglée et codifiée par les usages du pays. Mais aujourd’hui tout change, ces habitudes immuables sont bousculées par le changement de comportement de deux « invisibles ». Une autre fuite.
Au-delà de l’Afghanistan et de l’exil, c’est la question de l’identité qui est au cœur de ce très beau roman.
Lore


♥ TOIBIN, Colm. – Maison des Rumeurs

Robert Laffont. – 21 €
Coup de coeur

Traduit de l'anglais (Irlande) par Anna Gibson. –
L'histoire reprend celle des héros grecs transmise par l'Iliade. Agamemnon, roi de Mycènes, sacrifie sa fille Iphigénie pour s'attirer la faveur des dieux dans la guerre qu'il s'apprête à mener contre Troie. Son épouse Clytemnestre la vengera en le tuant à son retour, avec l'aide de son amant Egisthe. Les deux autres enfants, Electre et Oreste, l'une prisonnière des rumeurs et complots de palais, le second enlevé et éloigné des siens durant des années, n'auront de cesse de venger leur père.
L'écrivain irlandais s'empare de la trame de cette histoire et la réinvestit de toute la force de passions intemporelles, brutalité des hommes en guerre, douleur de la mère à qui on arrache son enfant, inquiétude pour le sort du fils kidnappé, désir de vengeance, menaces, intimidations et manipulations des hommes, intrigues de palais pour obtenir ou garder le pouvoir. Les dieux sont absents, les ressorts sont pleinement humains, aux atrocités répondent de nouveaux crimes. C'est un livre d'une grande actualité, qui dit la force destructrice des hommes livrés à leurs passions.
Hélène

 


 

GAUDÉ, Laurent. – Et les colosses tomberont

Actes Sud. – 12 €
A découvrir

Origine de l’écriture : pièce de théâtre commandée par le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique pour les élèves de la formation 2018. La forme de l’écriture pour être jouée au théâtre m’a rendu la lecture difficile. Le sujet : un homme qui s’immole par le feu provoque le départ du printemps arabe.
Martine

 


 

BALDI, Barbara ; LOMBARD, Laurent. – La partition de Flintham

Ici même. – 25 €

Traduit de l’italien. Deux sœurs orphelines sont hébergées par leur grand-mère dans un beau manoir isolé. C’est aussi une exploitation agricole. L’histoire commence par la mort de la grand-mère et la lecture de son testament. L’une des sœurs, conventionnelle et mondaine, s’offusque de ne pas hériter du domaine même si elle obtient l’équivalent en argent. Elle part en abandonnant sa sœur qui, sans le moindre centime pour rétablir les finances de l’exploitation, après une mauvaise récolte, sombre dans la misère. Elle doit se placer comme domestique dans les propriétés de la région. Comment va-t-elle s’en sortir ?
L’histoire est simple. Les dessins fort sombres donnent un aspect lugubre au réci. Un peu ennuyeux à mon goût.
Françoise


BOURGNE, Marc ; PAGOT, Didier. – Le sentier de la guerre, tome 1 : Fort Buford

Glénat. – 13,90 €
A découvrir

Diane, fille de très bonne famille, est aussi, ce qui est plus original, peintre fort appréciée de la bonne société. Elle peint et vend des portraits de notables de la ville de Washington. Mais Diane s’ennuie. Elle a un objectif : peindre les indiens avant qu’ils ne disparaissent tout à fait. Elle se met en route vers l’Ouest, ce qui va la conduire à vivre les guerres indiennes au plus près, en se liant d’amitié notamment avec une tribu sioux.
C’est une bande dessinée d’aventure, pleine de rebondissements. Selon l’expression consacrée : on attend la suite avec impatience.
Françoise


♥ FIBRETIGRE ; ZEPHIR, Arnold ; COCHOIS, Héloïse. – Intelligences artificielles : Miroirs de nos vies

Delcourt. – 19,99 €
Coup de coeur

Une candidate se présente derrière le rideau du télé-crochet « le prince de la scène ». Sa performance de rap surprend mais on la sélectionne. Lorsque le rideau se lève, c’est le scandale : Yurie est une intelligence artificielle ! Nicolas et Enzo, ses créateurs, sont alors sollicités par les médias, les industriels, les internautes… On leur adresse les demandes les plus farfelues et ils s’évertuent à expliquer ce qu’est, et surtout ce que n’est pas, une intelligence artificielle.
Une excellente BD documentaire qui explique le fonctionnement de l’intelligence artificielle (quels modèles mathématiques utilise-t-on pour faire apprendre des choses à une I. A.), et expose les questions philosophiques (« intelligence » ne signifie pas qu’on a affaire à un être pensant), économiques (de nouveaux robots pour nous remplacer dans le travail intellectuel), éthiques (utiliser l’I.A. pour faire revivre un être disparu) et sociales (confier la politique à une I.A.) qui l’accompagnent.
Les aspects techniques sont certes ardus (les amateurs d’équations seront ravis) mais c’est très bien fait, passionnant, et important pour comprendre ce qui nous attend.
N’oubliez pas de lire la note finale des auteurs : l’intelligence artificielle est aussi un très bon révélateur de notre présent…
France


SANTORO, Franck. – Pittsburg

Ed. Çà et Là. – 28 €

C’est juste la vie de l’auteur, son enfance et le divorce de ses parents : un récit intimiste qui contraste avec les dessins à grands traits qui ressemblent à des esquisses. On accroche ou pas… Je n’ai pas accroché. Pour fans de BD américaines.
Françoise

 


 

♥ BADINTER, Robert. – Idiss

Fayard. – 20 €
Coup de coeur

Par ce récit émouvant et simple, Robert Badinter nous fait partager le destin de sa grand-mère Idiss, née en Russie dans un petit village juif, émigrée avec son mari par nécessité sous la pression des pogroms, illettrée et pauvre dans son enfance mais qui a donné beaucoup d’amour et d’affection à son petit-fils. Celui-ci le lui rend bien en écrivant ce livre, vibrant hommage à l’aïeule. C’est aussi, à travers l’histoire de cette grand-mère, celle de la première moitié du 20ème siècle en Europe de l’URSS à Paris, des pogroms aux rafles vichystes.
Très facile à lire
Françoise

Second avis.
Idiss, née en 1863, est issue du Yiddishland, en Bessarabie. Après les pogroms de 1903 et 1905 à Kichinev, elle suit ses deux fils qui ont décidé de partir en France. L'auteur évoque le parcours de cette femme, sa grand-mère maternelle, illettrée et courageuse, qui prodigue amour et réconfort aux siens, capable de les rassembler malgré leurs divergences. La famille est exemplaire, de ces Juifs venus des shtetels pauvres d'Europe centrale, qui rêvaient d'un pays où ils pourraient s'intégrer et vivre en paix, et la France était pour eux porteuse d'un idéal républicain, capable d'assurer à tous droits civils et civiques. Elle s'éteint à Paris, en 1942, peu de temps avant que les siens soient victimes des mesures antisémites et des répressions du gouvernement de Vichy.
C'est une évocation émouvante, extrêmement pudique et chaleureuse d'une femme, et du foyer familial, lieu des premiers apprentissages de cette grande figure morale qu'est Robert Badinter.
Hélène


FERRANTE, Elena. – Frantumaglia : l'écriture et ma vie

Gallimard. – 23 €

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer.
Citation p. 26 : « Mais de quelle façon et à quel moment le hasard se transforme-t-il en nécessité d’écriture ».
J’ai poussé ma lecture jusqu’à la page 94 afin de comprendre pourquoi je ne parvenais pas à aller plus loin. Les lettres échangées par Elena Ferrante avec son éditeur et le producteur Mario Martone ont pour sujet le livre L’amour harcelant et le film qui en a été adapté sur les relations mère-fille. Je n’ai ni lu le premier ni vu le second. Je pense que ce livre est à reprendre après avoir lu les livres d’Elena Ferrante. Martine


♥ LOMASKO, Victoria. – D'autres Russies : un reportage graphique

The Hoochie coochie. – 19 €
Coup de coeur

Traduit du russe par Gérald Auclin
La forme n'est pas commune, c'est l'œuvre graphique d'une artiste et journaliste impliquée personnellement dans les sujets de ses « reportages ». Les dessins ont été réalisés entre 2008 et 2016 et sont présentés chronologiquement. Leurs thèmes suivent l'évolution de ses préoccupations. La première partie « Invisibles » est consacrée à des groupes oubliés des instances dirigeantes, détenus mineurs des colonies pénitentiaires, enseignants dans des écoles rurales, vieux dévots orthodoxes, travailleuses du sexe, rencontres fortuites... La seconde partie « En colère » commence en 2012 ; des mouvements protestataires se développent, qu'elle suit en journaliste engagée ou auxquels elle participe : la protestation des Pussy Riot et les procès dont elles font l'objet, le mouvement des routiers, les procès politiques, le mouvement LGBT. Le regard est chaleureux, ou caustique, ou indigné. Les dessins expressifs, pris sur le vif, sont accompagnés de textes qui précisent les circonstances, avec en fin de volume des cartes et de nombreuses notes destinées au lecteur francophone.
C'est un tableau fouillé d'une réalité complexe, peu accessible au public étranger.
Hélène


♥ PIEGAY, Nathalie. – Une femme invisible

Éditions du Rocher. – 19,90 €
Coup de coeur

On ne sait presque rien de la vie de Marguerite Toucas, la mère de Louis Aragon. Maîtresse cachée d'un grand bourgeois préfet de police, Louis Andrieux, mère clandestine de Louis Aragon, qui sera présenté comme son frère adoptif, fille exploitée par sa mère qui lui fera expier la faute d'une liaison et d'une maternité inavouable en la laissant assumer seule le quotidien de toute la famille. Aragon lui-même, dans ses écrits les plus personnels, l'ignore. Ainsi elle apparaît en pointillé, actrice et niée dans des vies qui ont connu célébrité ou reconnaissance publique.
L'auteur, par ailleurs spécialiste d'Aragon, ne tente pas, à l'instar de bien des contemporains, de faire un docu-fiction, ou une biographie romancée. Elle dit les limites où se heurte sa quête, et qu'elle ne peut qu'imaginer, avec toute la proximité qu'elle ressent pour Marguerite, les réactions et sentiments qu'elle a dû éprouver dans les épreuves terribles de sa vie. C'est un texte plein d'empathie qui donne à réfléchir sur la condition de femmes qui ont transgressé les règles d'une société bourgeoise catholique à la morale étriquée, il y a seulement deux ou trois générations de nous.
Hélène