Vous l’avez peut-être remarqué, certaines bibliothèques du réseau proposent ponctuellement ou régulièrement des animations jeux vidéo et même du jeu vidéo en prêt.

A l’heure où le rôle des bibliothèques change de plus en plus vite en termes de structure, d’accueil des publics et de services, qu’est toujours abordée la question du mystérieux public ado et de sa place en bibliothèque, certain-e-s d’entre vous se demandent quel est l’intérêt de proposer ce type d’animations et/ou supports et surtout comment l’exploiter.

Voici quelques éléments de réponse.

Pourquoi du jeu vidéo en bibliothèque ?

  • Le jeu vidéo est un produit culturel à part entière même si son objectif premier est de divertir. Il relève complètement de la pop culture (ou des cultures populaires).
     
    A ce sujet, rappelons que le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique, met en avant plusieurs points qui peuvent y être rattachés : « Les collections et les services doivent faire appel à tous les types de supports et à toutes les technologies modernes, de même qu'à la documentation traditionnelle. Il est essentiel qu'ils soient d'excellente qualité, répondant aux conditions et besoins locaux.Les collections doivent refléter les tendances contemporaines et l'évolution de la société de même que la mémoire de l'humanité et des produits de son imagination ». De plus, rappelons que nos structures ont pour vocation de proposer aux personnes « les moyens d’évoluer de manière créative », d’ « assurer l’accès aux différentes formes d’expression culturelle et des arts du spectacle » ou encore de « développer le dialogue inter-culturel et favoriser la diversité culturelle » tout en soutenant la création artistique et culturelle.

    On peut donc penser que le jeu vidéo a toute sa place au sein des bibliothèques.
  • Il est nécessaire de maintenir un niveau de service cohérent avec les évolutions sociétales en termes de pratiques culturelles, technologiques et de loisirs. Les études montrent que le jeu vidéo est un produit culturel apprécié par différentes catégories de la population, tous supports confondus (PC, consoles de salon, consoles portables et smartphones). De même qu’il permettrait de montrer au public ado qui délaisse la lecture et les bibliothèques qu’un service est disponible pour eux (bien que ça ne leur soit pas toujours spécifiquement destiné, c’est bien le public qui sera le plus attiré par une telle offre) tout en donnant l’image d’une collectivité qui prend en compte les jeunes dans le cadre de sa politique culturelle.
  • Ceci permet par ailleurs d’afficher une volonté politique de lutter contre la discrimination par le lieu d'habitation. En effet, en milieu rural et isolé, tout le monde ne peut pas se permettre de se déplacer pour aller acheter des jeux vidéo. En le développant dans nos structures, nous réduisons ce type de discrimination.
  • Pour moderniser la fréquentation et l'image du service en désacralisant la structure tout en innovant en termes d’animations, support à prêter, etc. Autant dire que c’est l’occasion de parler de 3ème  lieu et de liens intergénérationnels.
  • Pour redynamiser l'équipe en changeant le rapport au public (en jouant à la console avec les ados par exemple) et accompagner les pratiques déjà existantes des usagers.
  • Le prêt de jeux vidéo reste aujourd'hui marginal malgré des résultats extrêmement positifs dans les structures qui le pratiquent.

Du jeu vidéo en bibliothèque… Sous quelle forme ?

C’est à chaque équipe de faire le point pour déterminer quels sont les besoins des usagers. Pour cela, le mieux est de faire une enquête auprès du public et de se référer aux dernières études et analyses pour savoir quelles sont les habitudes des Français et ce qui s’est le plus vendu ces derniers mois.

Vous voulez simplement faire du prêt ?

Photo de rayonnage de bibliothèque qui contiennent des boîtiers de jeux vidéoPour le moment, la législation n’aborde pas cette question. Il faut savoir que prêter du jeu vidéo en bibliothèque n’entre dans aucun cadre juridique. On peut dès lors considérer que c’est illégal, tout comme pour les CDs. A moins d’avoir l’accord de chaque ayant droit ce qui s’avère être mission quasi-impossible dans ce domaine ! D’autant plus que les auteurs ne peuvent prétendre à titre individuel à la protection de leur œuvre quand elle est utilisée dans un jeu vidéo (article L.II3-9 du CPI). Les éditeurs font pour l’instant preuve d’une grande tolérance à ce sujet.

A vous ensuite de voir pour quelle(s) console(s) vous souhaitez constituer un fonds (d’où l’importance de connaître les pratiques de vos usagers et de vos potentiels futurs usagers qui ne viennent pas encore à la bibliothèque), le budget que vous pouvez y consacrer (un budget de 1200 € peut constituer un bon fond de base) et de déterminer les règles de prêts (le respect du PEGI* pour prêter les jeux aux enfants et ados est vivement conseillé).

A noter : la question du budget amène celle des subventions. Les DRAC peuvent mettre en place des subventions pour l'aide à la mise en place de nouvelles pratiques et nouveaux matériels dont le jeu vidéo fait partie.

Si vous souhaitez constituer un fonds de jeux vidéo, vous pouvez soit passer par une société qui vend déjà des droits négociés comme pour les DVDs (mais avec des catalogues très pauvres et des prix prohibitifs), soit acheter directement en magasins aussi bien en neuf qu’en occasion dont le marché est florissant. Les boutiques d’occasion font très souvent des remises intéressantes et permettent d’avoir des conseils personnalisés.

Dans tous les cas, il faut que la situation soit clairement exposée auprès de la tutelle pour que le choix soit fait en connaissance de cause.

Concernant la politique d’acquisition, les recommandations sont les suivantes :

  • Achats de blockbusters mais aussi de jeux plus confidentiels et de petits éditeurs
  • Constitution du fonds basé sur les consoles les plus possédées par vos (futurs) usagers et qui pourront générer un maximum d’emprunts.
  • Répartition du fonds entre jeunesse et adultes : 1/3 adultes, 2/3 jeunesse
  • Prise en compte de la classification PEGI pour constituer le fonds

Pour le prêt, les retours d’expériences mettent différents points en avant :           

  • Le prêt indirect est plus que recommandé (les vols ont été trop importants pour les bibliothèques ayant mis des jeux vidéo en prêt direct)
  • Limiter le prêt à un jeu/personne ou famille si le fonds est peu fourni
  • La médiation est primordiale pour pouvoir conseiller mais aussi orienter les usagers, en particulier les plus jeunes qui se sentent légitimes pour emprunter un jeu qui n’est pas adapté à leur tranche d’âge. De même, certains parents ont besoin d’être rassurés à ce sujet, il est nécessaire d’avoir une personne dans l’équipe identifiée comme référent pour ce support et pouvant dialoguer avec le public.

 

Vous voulez proposer du jeu sur place ?

Photo d'une salle de jeu vidéo en bibliothèque. Deux fauteuils font face à deux écrans reliés à des consoles. Deux jeunes garçons de dos jouent chacun à un jeu différent sur les consoles. Là aussi c’est possible. A vous de savoir si vous voulez organiser des animations ou permettre aux usagers de jouer à la console.

Dans tous les cas, il est important d’avoir en mémoire qu’il vaut mieux disposer d’un espace dédié (avec suffisamment de place et où les autres usagers ne seront pas trop dérangés - ce type d’animation et le jeu sur place sont toujours bruyants, ce qui est normal).

Quoiqu’il en soit, d’un point de vue technique vous avez besoin :

  • de télé(s) ou vidéoprojecteur(s) sur lesquels vous pouvez brancher la ou les consoles. Attention, la télé ou le vidéoprojecteur doit avoir une prise HDMI.
  • du nombre de manettes suffisant pour votre console (avec les batteries chargées, si elles fonctionnent à piles, les piles rechargeables sont conseillées et il est nécessaires d’en avoir de secours !)
  • selon la console, il est possible de jouer également avec un casque de réalité virtuelle (attention à prévoir des jeux compatibles et l'utilisation du casque de réalité virtuelle est déconseillée au moins de 12 ans)
  • de fauteuils confortables et d’espace s’il y a besoin d’être debout ou si le public est nombreux.

Pour les animations, il est primordial de cibler votre public pour choisir le contenu des jeux que vous souhaitez valoriser. Pour des animations à destination des plus jeunes ou d’un public familial, des jeux comme Mario Kart, Just Dance, Donkey Kong, etc… restent intergénérationnels et sont faciles à prendre en main. Pour des ados, jeunes adultes, il est possible d’organiser des tournois de jeux de sport (le jeu Fifa est une valeur sûre qui plaît à tout le monde), des jeux de combats ou un peu plus difficiles.

Dans tous les cas il est plus que nécessaire de faire les mises à jour de vos jeux en amont mais aussi de les tester avant, les prendre en main et s’entraîner pour pouvoir aider les joueurs, expliquer les règles et animer.


Photographie d'une personne portant un casque de jeu en réalité virtuelleSi vous avez pour projet de proposer du jeu sur place, il est important de sélectionner ou « restreindre » les jeux auxquels les usagers peuvent jouer sur place. En effet, le contenu des jeux n’étant pas adapté à tous, il est de votre responsabilité de faire attention à ce qui peut être vu par tout le monde. Il est intéressant de prendre en compte qu’avec du jeu sur place vous pouvez proposer du jeu dématérialisé, téléchargé sur plate-forme à condition d’acheter une carte prépayée en magasin ou d’avoir un moyen vous permettant de payer en ligne. Les avantages étant que les jeux sont moins coûteux et ne vous prendront pas de place « physique ».

Ensuite à vous de voir ce qui est le plus pertinent : consoles accessibles à tous sans condition ou seulement aux usagers inscrits ? (La question étant de savoir comment gérer d’éventuels problème de dégradation de matériel si c’est accessible aux usagers non-inscrits). Consoles accessibles tout le temps ou durant des plages horaires spécifiques ? Dans le cas de plages horaires spécifiques faut-il s’inscrire en avance ? Combien de temps dure une session de jeux ? Y a-t-il un âge minimal pour pouvoir jouer ? Faut-il signer une charte comme c’est le cas dans de nombreuses structures ?

Quoiqu’il en soit, il faut savoir qu’un tel service demande nécessairement un grand travail de médiation et du temps auprès des usagers. Il est difficilement envisageable de faire de l’accueil du public tout en s’occupant d’un service de jeu sur place dans de bonnes conditions.

*PEGI : Pan European Game Information est un système d’évaluation européen des jeux vidéo donnant des indications sur le contenu (violence, vulgarité, etc) et la tranche d’âge adaptée d’un jeu aux  grâce à différents logos. Attention, le PEGI ne tient pas compte du niveau de difficulté du jeu.

Photographies du rayon jeu vidéo et de l'espace de jeu sur place : Médiathèque Firmin Gémier - Porte du Jura à Saint-Amour.

Proposer du jeu vidéo, pour quels bénéfices ?

  • Les structures qui ont mis en place un service de prêt, de jeu sur place ou des animations ont constaté une hausse de la fréquentation ainsi que des inscriptions, notamment de la part d’adolescents.

  • Les retours d’usagers sont souvent positifs, la plupart découvrant le jeu vidéo avec de nombreux préjugés, ils sont souvent agréablement surpris par le contenu des jeux ou encore le comportement des jeunes durant les temps de jeu. Ils trouvent également l’image de la bibliothèque plus moderne.

  • Il est souvent souligné que le jeu vidéo a permis d’établir/rétablir un dialogue entre les jeunes et l’équipe de la bibliothèque ou entre les jeunes et les autres usagers.

  • Le comportement de nombreux adolescents aidant les plus jeunes à jouer et les conseillant est aussi évoqué.

  • Enfin, les hommes (trentenaires et quadragénaires) viennent plus à des animations jeux vidéo qu’aux autres animations proposées par les bibliothèques.

Pour en savoir plus

Jeux vidéo en bibliothèque / Anne-Gaëlle Gaudion, dir. ; Nicolas Perisse. - Association des Bibliothécaires Français, 2014. - (Médiathèmes).
ISBN 978-2-900177-39-6 : 32 €.

Vous trouverez de nombreuses informations dans le groupe Facebook "Jeux vidéo en bibliothèque".

Il y a également des revues sur le jeu vidéo sur JuMEL via LeKiosk : Jeux Video Magazine, Video Gamer, Jeux Video News, PC Gamer…

Des études annuelles permettent d’approfondir ses connaissances sur l’industrie du jeu vidéo et les pratiques des Français. Vous pouvez les retrouver sur :

Quelques articles pour en savoir plus :

EndFAQ

 

Vous avez envie de vous lancer ? Des bibliothèques du réseau ont développé ces services comme ECLA, Porte du Jura et Dole. N’hésitez pas à les contacter pour demander conseil.